Bai Ze (白泽, parfois écrit 白澤) est une créature auspicieuse de la mythologie chinoise, liée aux premiers récits autour de l’Empereur Jaune. Cette bête blanche, souvent décrite comme un mélange de lion, de bovin et de dragon, parle la langue humaine et connaît la nature de tous les esprits, dieux et fantômes.
Selon la légende, Bai Ze aurait révélé à l’Empereur Jaune l’existence de 11 520 types de créatures surnaturelles, ainsi que les moyens de s’en protéger. Ses paroles auraient donné naissance au Bai Ze Tu, un bestiaire mythique servant à identifier les monstres et à fabriquer des talismans protecteurs. Diffusé au Japon sous le nom de Hakutaku, Bai Ze est devenu un symbole de bon gouvernement, de sagesse encyclopédique et de protection contre les épidémies et les mauvais esprits.
Fiche d’identité de Bai Ze
Bai Ze (白泽 / 白澤) est une créature auspicieuse de la mythologie chinoise. Il appartient au cercle restreint des bêtes de bon augure, au même titre que le qilin ou le phénix. Sa fonction principale consiste à révéler la nature des esprits, à prévenir les calamités et à protéger les humains des influences mauvaises.
La créature est décrite comme capable de parler la langue humaine et de comprendre les émotions de tous les êtres. Elle apparaît seulement sous le règne de souverains vertueux, comme un signe que le Ciel approuve l’ordre établi. Dans les textes anciens, sa rencontre avec l’Empereur Jaune marque le point de départ d’une grande entreprise de classification du monde invisible.
Au fil des siècles, Bai Ze devient un symbole de savoir ésotérique, d’intelligence politique et de protection quotidienne. Son image est utilisée sur des talismans, des étoffes, des drapeaux et des objets rituels, en Chine comme au Japon, où il est connu sous le nom de Hakutaku (白沢).
Origines et premières mentions de Bai Ze
Les premières mentions de Bai Ze apparaissent dans des textes liés à la figure de l’Empereur Jaune (Huangdi). La légende raconte que l’empereur, en tournée près de la mer de l’Est, rencontre une bête blanche au sommet d’une montagne. Cette créature se présente comme Bai Ze et explique qu’elle connaît la véritable nature de toutes les choses, visibles et invisibles.
L’Empereur Jaune interroge alors Bai Ze sur le monde des esprits, des fantômes et des dieux. La bête lui révèle l’existence de 11 520 types de créatures surnaturelles, en détaillant leur apparence, leurs habitudes et les moyens de neutraliser leur influence. Sur ordre de l’empereur, ces informations sont compilées et illustrées dans un ouvrage appelé le Bai Ze Tu (白泽图 / « Illustrations de Bai Ze »).
Même si le texte originel s’est perdu, des fragments ont été retrouvés dans les grottes de Dunhuang et cités par de nombreux auteurs postérieurs. Bai Ze y est présenté comme une autorité absolue en matière de démons, de monstres et de prodiges, et comme la source d’une tradition de bestiaires magiques à usage pratique.
Apparences et iconographie de Bai Ze
L’apparence de Bai Ze varie selon les époques et les auteurs. Plutôt que d’être une forme fixe, la créature fonctionne comme une silhouette modulable sur laquelle se greffent plusieurs traits animaux nobles.
On retrouve notamment les descriptions suivantes :
- un grand félin au pelage blanc, proche du lion ou du tigre, avec une gueule ou une tête de dragon ;
- une bête à sabots, proche d’un bœuf ou d’une chèvre, dotée de plusieurs cornes ;
- un corps de bovin avec une tête humaine, barbu, portant plusieurs yeux répartis sur le visage ou les flancs ;
- une créature à fourrure claire ou bleutée, avec une corne unique et parfois la capacité de voler.
Certains textes médicaux et encyclopédiques assimilent Bai Ze au lion, animal exotique intégré dans le bestiaire impérial. D’autres insistent au contraire sur son aspect composite, combinant la crinière du lion, les sabots du bovin et le corps du dragon. Cette diversité iconographique reflète la fonction symbolique de Bai Ze : incarner à la fois la puissance, la clairvoyance et l’intercession entre les mondes.
Pouvoirs et fonctions de Bai Ze
Le pouvoir central de Bai Ze réside dans sa connaissance encyclopédique du monde invisible. La créature sait reconnaître chaque type d’esprit, de fantôme, de dieu ou de monstre, ainsi que le type de menace qu’il représente et la manière de s’en protéger. Elle ne combat pas les esprits par la force brute, mais par la compréhension et la classification.
Dans les récits anciens, Bai Ze apparaît uniquement lorsque le souverain est juste et vertueux. Sa présence devient alors un signe de bon augure confirmant que le gouvernement est en harmonie avec le Ciel. Pour le peuple, la fonction de Bai Ze est plus directe : ses images servent de talismans contre les maladies, les mauvais rêves, les catastrophes naturelles et les esprits malveillants.
On retrouve ainsi des illustrations de Bai Ze accrochées aux portes, brodées sur des oreillers ou portées en amulette. La créature joue le rôle de gardien de seuil et de veilleur nocturne, chargé de filtrer ce qui vient du monde des esprits avant que cela n’atteigne les habitants de la maison.
Le Bai Ze Tu et la tradition des bestiaires magiques
Le Bai Ze Tu est un ouvrage mythique attribué à l’Empereur Jaune et à la révélation de Bai Ze. Il est décrit comme un grand bestiaire des esprits, réunissant plus de onze mille créatures surnaturelles. Chaque entrée présente le nom de l’être, sa forme, son habitat, les signes annonciateurs de sa présence et les gestes à accomplir pour se protéger.
Au-delà de son aspect narratif, le Bai Ze Tu fonctionne comme un véritable manuel d’exorcisme et de prévention des calamités. À certaines périodes, ses illustrations sont copiées et utilisées comme talismans domestiques. On les accroche dans les maisons, on les cloue aux portes, on les glisse sous les oreillers pour conjurer les maladies et les mauvaises visites nocturnes.
Des fragments de ce type d’illustrations ont été retrouvés à Dunhuang et conservés dans de grandes bibliothèques. Ils témoignent d’une tradition où l’image n’est pas seulement décorative : elle cristallise un savoir magique partagé, capable d’informer, de rassurer et de protéger.
Bai Ze dans les insignes et les vêtements impériaux
Avec le temps, Bai Ze quitte les seuls grimoires pour entrer dans le langage visuel du pouvoir impérial. Des chroniques des dynasties Tang, Song et ultérieures mentionnent des drapeaux à l’effigie de Bai Ze dans les cortèges officiels. La créature figure souvent en tête de la garde d’honneur, avec d’autres emblèmes comme le phénix ou le vermillon.
Son image apparaît aussi sur des robes cérémonielles et des uniformes militaires. Certaines sources décrivent des « robes Bai Ze » ou des insignes brodés au-dessus de la poitrine, réservés à des officiers ou à des nobles. Porter Bai Ze sur soi revient à revêtir une protection symbolique et à s’inscrire dans une continuité de bon gouvernement et de vigilance.
Dans la sphère privée, les motifs de Bai Ze décorent des oreillers, des tentures, des talismans en papier. Le même symbole circule ainsi entre la cour impériale et les maisons ordinaires, créant un lien discret entre le pouvoir politique, le monde invisible et la vie quotidienne.
Du Bai Ze chinois au Hakutaku japonais
La figure de Bai Ze voyage très tôt vers le Japon, portée par les échanges intellectuels et religieux avec la Chine des Tang. Dans ce nouveau contexte, la créature est appelée Hakutaku (白沢), en reprenant les mêmes caractères que Bai Ze. Certains textes la nomment aussi Kutabe, autre variante locale.
Dans des descriptions anciennes, le Hakutaku possède un corps de bovin et une tête humaine, avec une barbe et plusieurs paires d’yeux. Plus tard, des encyclopédies illustrées le montrent avec trois visages, chacun doté de trois yeux et d’une paire de cornes. Malgré ces variations, la fonction reste la même : connaître les yōkai, avertir des fléaux imminents et fournir des moyens de protection.
À l’époque Edo, les images de Hakutaku se diffusent largement sous la forme de talismans. On les accroche dans les maisons, les auberges et les relais pour se protéger des accidents et des maladies. Lors d’épidémies, certains livrets recommandent de placer le portrait de Hakutaku sous l’oreiller pour échapper à la contagion. La créature devient ainsi un compagnon silencieux des voyageurs et des citadins, au croisement du folklore chinois et japonais.
Bai Ze et Hakutaku dans la culture populaire moderne
La figure de Bai Ze n’appartient pas seulement aux textes anciens. On la retrouve aujourd’hui dans la culture populaire, aussi bien en Chine qu’au Japon. La créature inspire des mangas, des romans, des jeux vidéo et des séries où elle apparaît comme gardien de bibliothèques occultes, monture de divinités ou monstre érudit qui connaît tout sur les esprits.
Certains créateurs la réinterprètent sous forme humaine, en conservant ses yeux multiples, ses cornes ou sa crinière blanche. D’autres la transforment en compagnon ironique d’un héros, toujours en avance d’une information sur le reste du monde. Dans de nombreux jeux, Bai Ze ou Hakutaku devient une créature à invoquer, un esprit protecteur rare, ou un boss lié aux thèmes des épidémies et des catastrophes.
Même lorsque le nom « Bai Ze » n’est pas cité, l’idée d’une bête blanche omnisciente qui avertit des désastres et sert de talisman se retrouve dans plusieurs créatures modernes. La mythologie continue ainsi de nourrir des univers de fantasy et des récits contemporains, parfois sans que le public en connaisse l’origine précise.
Symbolique et interprétations de Bai Ze
Bai Ze peut se lire comme une allégorie du savoir qui protège. La créature ne se contente pas d’être un monstre spectaculaire : elle classe, décrit et explique les forces invisibles qui menacent le monde humain. Sa parole organise le chaos des esprits en listes, en catégories et en conseils pratiques.
Sur le plan politique, l’apparition de Bai Ze auprès d’un souverain vertueux suggère qu’un bon gouvernement repose sur une compréhension précise du réel, y compris dans ses aspects invisibles ou irrationnels. Le roi idéal n’ignore pas les démons : il apprend à les reconnaître, à les prévenir et à limiter leurs effets sur la société.
Pour les individus, Bai Ze symbolise le besoin de médiation entre le visible et l’invisible. Accrocher son image, c’est admettre que l’on ne maîtrise pas tout, mais que l’on peut s’entourer d’outils pour mieux vivre avec l’incertitude. La créature devient ainsi un gardien intime, placé sur le seuil d’une maison ou au chevet d’un lit.
Pistes lexicales et images pour décrire Bai Ze
Bai Ze offre un terrain très riche pour l’écriture, qu’il s’agisse de description, de poésie ou de worldbuilding. Voici quelques pistes de vocabulaire et d’images que l’on peut associer à la créature.
Épithètes possibles :
- bête de bon augure
- gardien encyclopédique des esprits
- oracle des fantômes et des dieux
- cartographe du monde invisible
- veilleur des seuils
- protecteur contre les épidémies
Images métaphoriques :
- un fauve blanc aux yeux multiples, constellé de pupilles comme un ciel chargé d’étoiles
- une bête cornue drapée de lumière, dont chaque poil semble tracer un idéogramme de protection
- une silhouette de lion aux flancs de dragon, respirant une buée pleine de murmures d’anciennes divinités
- un bovin chimérique à tête humaine, barbe flottant comme un petit nuage, cornes gravées de sceaux talismaniques
Contextes narratifs :
- un érudit qui reconstitue son propre Bai Ze Tu en cataloguant les esprits de son monde ;
- un village qui conserve un talisman de Bai Ze, transmis de génération en génération ;
- un voyageur qui découvre sous son oreiller une vieille estampe de Hakutaku au moment où se déclare une épidémie ;
- un héros qui ne peut avancer dans sa quête qu’en apprenant à nommer les forces invisibles guidé par la bête blanche.
Questions fréquentes
Qui est Bai Ze dans la mythologie chinoise ?
Bai Ze (白泽) est une créature auspicieuse de la mythologie chinoise. Cette bête blanche parle la langue humaine, connaît la nature de tous les esprits, dieux et fantômes, et n’apparaît qu’aux souverains vertueux. Selon la tradition, elle aurait révélé à l’Empereur Jaune l’existence de 11 520 types de créatures surnaturelles, ainsi que les moyens de s’en protéger.
Quelle est l’origine du mythe de Bai Ze ?
Le mythe de Bai Ze remonte aux légendes entourant l’Empereur Jaune, figure fondatrice de la civilisation chinoise. Lors d’une tournée près de la mer de l’Est, l’empereur aurait rencontré la créature sur une montagne. Bai Ze lui aurait alors expliqué la structure du monde invisible et dicté les informations qui furent compilées dans le Bai Ze Tu, un bestiaire magique des esprits.
Quelle différence entre Bai Ze et Hakutaku ?
Bai Ze et Hakutaku désignent la même créature, mais dans deux contextes culturels différents. Bai Ze est le nom chinois d’origine, associé à l’Empereur Jaune et au Bai Ze Tu. Hakutaku est la lecture japonaise des mêmes caractères (白沢). Au Japon, la créature adopte parfois un corps de bovin à tête humaine et plusieurs yeux, et ses images sont très utilisées comme talismans protecteurs contre les épidémies.
Quels sont les pouvoirs de Bai Ze ?
Les pouvoirs de Bai Ze sont liés au savoir et à la protection. La créature connaît les différents types d’esprits et de monstres, comprend leurs intentions et sait quels rituels permettent de s’en prémunir. Elle est aussi un signe de bon gouvernement : sa présence signale qu’un souverain est juste, et que son règne est en harmonie avec le Ciel. Ses images servent de talismans contre les maladies, les mauvais rêves et les calamités.
Comment utiliser Bai Ze dans un récit ou un univers de fantasy ?
Dans un récit de fantasy, Bai Ze peut jouer plusieurs rôles : mentor occulte qui classe les monstres du monde, gardien d’une bibliothèque interdite d’esprits, monture d’une divinité, ou symbole vivant d’un gouvernement vertueux. On peut aussi s’en inspirer pour créer un bestiaire « à la manière de Bai Ze », où chaque créature rencontrée par le héros devient une fiche dans un livre en expansion, héritier du Bai Ze Tu.

